Histoire du métier

Le métier d'instituteur tel qu'on l'a connu au vingtième siècle est une création de la Troisième République. Sa figure, son statut et sa formation ont été construits en une quinzaine d'années, entre 1879 et 1889.

Lois scolaires

La loi Paul Bert de 1879 impose à chaque département une école normale d'instituteurs et une d'institutrices. La loi du 16 juin 1881 rend l'enseignement primaire public gratuit. Celle du 28 mars 1882 le rend obligatoire de 6 à 13 ans et laïque dans son contenu. La loi de 1889 fait enfin des instituteurs des fonctionnaires de l'État, payés par lui et non plus par la commune.

Écoles normales

Elles recrutaient à la sortie du primaire supérieur, formaient en 3 ou 4 ans, et logeaient leurs élèves. Leur rôle dépassait la formation technique : elles diffusaient un modèle de rigueur, de laïcité et de service public. Charles Péguy les décrira comme les séminaires de la République, et ses élèves comme les hussards noirs, du nom de la couleur de leur redingote.

Féminisation

La loi Camille Sée de 1880 ouvre l'enseignement secondaire aux filles et crée un besoin d'enseignantes. La profession se féminise ensuite continûment, d'abord dans les écoles de filles, puis partout après la généralisation de la mixité dans les années soixante. Le primaire compte aujourd'hui plus de quatre enseignants sur cinq de sexe féminin, la proportion la plus élevée de tout le système éducatif.

Statut social

L'instituteur de village occupait une position particulière : souvent secrétaire de mairie, il cumulait autorité intellectuelle et fonction administrative. Ce cumul disparaît progressivement après les années soixante, avec la professionnalisation des services municipaux et le regroupement scolaire.

Transformations récentes

Les écoles normales deviennent instituts universitaires de formation des maîtres en 1990, puis écoles supérieures du professorat en 2013, puis instituts nationaux supérieurs en 2019. Le recrutement passe du baccalauréat à la licence puis au master. Chacune de ces réformes a déplacé l'équilibre entre formation disciplinaire et formation professionnelle, sans qu'un consensus s'établisse.